Le Collège Infirmier Français (CIF), et ses organisations expriment leurs vives inquiétudes et préoccupations face à l’épidémie du Covid-19 et ses “ravages “au sein des professionnels infirmiers. Depuis environ 3 mois, tout comme les autres soignants médecins, aides-soignants, masseurs kinésithérapeutes, la profession infirmière de tous secteurs d’activités, structures de santé, EHPAD, SSIAD, libéraux, généralistes, infirmiers spécialisés, en pratique avancée sans omettre le management, ne ménage ni son temps ni son énergie en montrant un engagement sans faille au risque d’exposer leurs proches. Manquant parfois
cruellement d’équipements de protection : masques et visières, blouses et sur-blouses, gants à usage unique, nos professionnels infirmiers n’ont pu éviter contamination, et hospitalisation à leur tour. Certains ont même continué à exercer pour sauver des vies en étant eux-mêmes atteints du Covid-19.

communiqué 28/05/2020

Forts de leur soutien et encouragements aux équipes, les directeurs des soins et les cadres de santé ont fait preuve de réactivité et de proactivité en mobilisant des nouveaux partenariats pour pallier au manque de matériel, en créant de nouveaux outils de gestion des ressources humaines et en soutenant chacun dans ce contexte générateur de stress et de nombreuses angoisses.

Engagés depuis le début dans cette crise inédite, infirmiers, cadres de santé, étudiants en santé et directeurs des soins ou coordonnateurs généraux des soins dans les différentes structures de santé et médico-sociaux ont su déployer, aux côtés des autres directions des élans de solidarité, agir et réagir avec professionnalisme en mobilisant leur intelligence collective en collaboration avec les instituts de formation et conseillers régionaux en soins. Gageons que les pouvoirs publics sauront urgemment doter des moyens nécessaires tous les professionnels de santé si l’on considère que la gestion de cette crise est à inscrire dans la durée et que leur rôle est aussi d’assurer la sécurité des soignants.

Tous les soirs, ils ont été applaudis comme les autres soignants pour leur sacrifice en véritables héros. Pour autant, à ce jour, nous restons sur nos interrogations en termes de données épidémiologiques. Combien d’infirmiers sont contaminés ? Hospitalisés ? En réanimation ? Et plus tragiquement décédés ?
Pourquoi ce manque de transparence sur les chiffres concernant la morbidité ou mortalité infirmière ? Il en est de même pour nos étudiants appelés en renfort qui souvent se retrouvent sans le matériel exigible. Nous savons que tous les établissements de santé remontent leurs chiffres auprès des ARS qui transmettent au Réseau national de prévention des infections associées aux soins (REPIAS).

Nous notons aussi un décalage dans les EHPAD et le secteur libéral. À ce jour, nous déplorons un manque de données officielles.
Nous demandons à connaître légitimement les chiffres réels des contaminés, hospitalisés ou décédés au sein de notre profession infirmière y compris chez les étudiants. Cette divulgation de données s’inscrit dans une juste transparence. Elle nous permettra d’évaluer la situation épidémiologique de notre profession face à cette tragique crise sanitaire dont grand nombre sortiront épuisés
et marqués à tout jamais sans oublier les infirmiers qui sont malmenés, voire maltraités ou agressés, pour certains mis à pied pour avoir réclamé du matériel de protection afin de prendre en charge des patients en toute sécurité. Elle nous permettra de mettre en place un dispositif de prévention, de veille, voire d’accompagnement professionnel et psychologique de la profession.

Ces chiffres nous aideront non seulement à une lecture objective de la situation, mais également à anticiper sur d’autres risques.
Par respect et admiration pour le courage de nos professionnels infirmiers et étudiants contaminés, hospitalisés ou décédés, cette démarche s’impose à nous tout naturellement. Les données seront nécessaires pour nos travaux scientifiques au sein de nos organisations et structures scientifiques.

Aussi, conscients de la pertinence et légitimité de notre demande, nous réclamons avec force et légitimité auprès du Ministère des Solidarités et de la Santé un état exhaustif sur la situation épidémiologique Covid-19 touchant notre profession et nos étudiants.

Marie-Claude GASTE
Présidente du CIF