Ce rapport a été élaboré par un groupe de travail pluridisciplinaire comprenant des experts membres ou non du HCSP, en réponse à la saisine de la Commission des affaires sociales du Sénat du 20 janvier 2026, qui souhaitait disposer d’une analyse actualisée de l’ampleur de la iatrogénie médicamenteuse en France et de son impact en matière de sécurité sanitaire. L’objectif était notamment d’actualiser les données relatives aux erreurs médicamenteuses à l’hôpital, sans se contenter des événements indésirables graves associés aux soins déclarés et analysés par la Haute Autorité de santé, mais en incluant également les événements de moindre gravité ayant conduit à une prolongation du séjour hospitalier ou à une réadmission. En dehors du milieu hospitalier, ce rapport avait pour objectif d’obtenir une analyse plus large, portant sur les effets indésirables associés aux médicaments, leurs causes, leur caractère évitable ou non, leurs conséquences, les profils des patients concernés ainsi que les médicaments les plus à risque de mésusage ou d’effets indésirables. L’apport des logiciels d’aide à la prescription (LAP), des logiciels d’aide à la dispensation (LAD) et du volet « médicaments » des systèmes d’aide à la décision médicale (SADM) a également été évalué.
Quelles conclusions ?
Plusieurs classes médicamenteuses concentrent l’essentiel du mésusage documenté en France : antibiotiques, opioïdes, benzodiazépines et apparentés, inhibiteurs de la pompe à protons et psychotropes.
On compte environ 212 500 hospitalisations/an liées à un effet indésirable médicamenteux, essentiellement suite à des prescriptions effectuées en ville. Parmi ces effets indésirables, la majorité (84 %) sont « non évitables », c’est-à-dire qu’ils surviennent malgré une utilisation conforme des médicaments et relèvent principalement de l’utilisation du médicament et de son impact sur l’organisme. Une réduction de cette iatrogénie est toutefois possible en identifiant les populations à risque et en améliorant la détection et la prise en charge des effets indésirables. Concernant les données relatives aux événements indésirables graves associés aux soins (EIGS) rapportés à la Haute Autorité de santé, la réalité est différente, car, s’agissant du médicament (10 % des EIGS déclarés), les données concernent surtout des accidents graves liés au circuit du médicament en établissements de santé : erreurs de prescription, d’administration, de coordination ou d’organisation.
À la suite de cette analyse, le groupe de travail a conclu qu’aucune mesure isolée, qu’elle soit réglementaire, numérique ou organisationnelle, ne peut permettre à elle seule de réduire durablement la iatrogénie médicamenteuse. Il semble nécessaire d’associer plusieurs leviers complémentaires : « formation et information des professionnels, des usagers de soins et des aidants, coordination des acteurs, partage sécurisé et contextualisé des données, implication du malade et des aidants, décision partagée, retour individualisé de données, vigilance sanitaire et articulation renforcée entre sécurité technique du circuit du médicament et pertinence clinique des prescriptions ». Le HCSP s’appuie sur cette analyse pour formuler des recommandations afin d’améliorer la sécurité des patients. Il a notamment identifié 3 priorités :
- Renforcer l’expertise publique indépendante, en pérennisant les dispositifs de surveillance et d’analyse des risques médicamenteux ;
- privilégier la pertinence clinique, en faisant évoluer les indicateurs et les pratiques de prescription ;
- mieux utiliser les données et expertises de pharmacovigilance, d’addictovigilance et de pharmaco-épidémiologie, associées avec une diffusion plus rapide de ces connaissances vers les pratiques cliniques .
Les experts soulignent que les effets indésirables médicamenteux n’étant pas tous évitables, il faut tenir compte du rapport bénéfices-risques des médicaments. « Réduire la iatrogénie ne peut donc se résumer à diminuer le nombre de prescriptions, mais suppose d’en améliorer la pertinence clinique. » L’analyse de la iatrogénie médicamenteuse doit toujours être replacée dans l’évaluation constante de ce rapport bénéfices-risques, tant au niveau individuel que populationnel, sachant que les connaissances sur les bénéfices et les risques d’un médicament ne sont pas figées dans le temps.